Mythologie du Cauchemar

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Un cauchemar m’étreint; je sens bien que je suis couché et que je dors…[…] je sens aussi que quelqu’un s’approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, s’agenouille sur ma poitrine […]. Moi je me débats, lié par une impuissance atroce […] j’essaye avec des efforts affreux, en, haletant, de rejeter cet être qui m’écrase et qui m’étouffe, – je ne peux pas! Mes cauchemars anciens reviennent. Cette nuit j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres. Puis il s’est levé, repu, et moi je me suis réveillé, tellement meurtri, brisé, anéanti, que je ne pouvais plus remuer.

Le horla , Guy de Maupassant.

Avez-vous déjà vécu pareille expérience? Si c’est le cas, vous avez alors été victime d’un cauchemar, Le cauchemar se caractérise généralement, comme dans cet extrait de la Horla, par une sensation d’oppression, qu’un être malfaisant pèserait sur votre poitrine vous empêchant ainsi tout mouvement et tout cri, et qui ferait également naître en vous des hallucinations ainsi qu’une forte angoisse levées par un réveil brutal, Il s’agit en fait d’un phénomène universel que l’on nomme couramment la paralysie du sommeil,

Dans la culture populaire on décrit par cauchemar tout mauvais rêve. Cependant le cauchemar ne peut être considéré comme un rêve mais plutôt comme une expérience spécifique répondant à un scénario constant quelque soit l’individu le subissant,,

De simple symptôme d’une maladie du sommeil due à des problèmes de digestion dans l’antiquité, le cauchemar se vit diabolisé par l’Eglise au moyen-âge (VIIème -IXème siècles). Dès lors il résultait d’un démon, d’une sorcière ou d’un revenant se couchant sur le dormeur à des fins lubriques ou pour l’étouffer, Ensuite fin du XIXèmesiècle  – début du XXème siècle, cette affection fut soumise à la psychanalyse, notamment par l’apport des études de Sigmund Freud, pour au final, à l’époque qui nous est contemporaine, relever des neurosciences,

Ainsi le cauchemar viendrait du corps puis de l’âme et enfin de l’esprit, Cette évolution aura tendance à normaliser ce phénomène pour ne plus être qu’anecdotique relayé à un épiphénomène, Mais l’histoire du cauchemar est d’une grande richesse donnant naissance à de multiples mythes populaires, Pour mieux appréhender ce phénomene et les mythes qui en découle il parait esentiel d’en dégager étymologie et les origines,

1, ÉTYMOLOGIE

Étudions la première partie du mot, à savoir »Cauche– » qui serait la forme romane du latin calcare, signifiant « fouler, écraser », , Ce terme donnant également le mot cocher, un aspect que revêt la créature en chevauchant le dormeur. Et enfin cauche viendrait du vieux français chaucher ou cauquer (en picard). Ceci donna la version française du cauchemar jusqu’au XVème siècle: la cauquemaire ou cauquemar,

Le suffixe mar– quant à lui est sans doute issu du vieil allemand Mahr désignant ce phénomène nocturne. qui viendrait de la racine indo-européenne MR (MER) traitant de la mort selon Claude Lecouteux, spécialiste en la matière,

The nightmare, Johann_Heinrich_Füssli

Ceci donna Mara: qui en vieux teuton désigne un démon, mais aussi un mauvais esprit dans le folklore scandinave, qui provoquait les terreurs nocturnes. Māra est également le « démon » signifiant « mort » qui essaya de tenter Gautama Bouddha dans le bouddhisme Ou encore il est un esprit nocturne ou une déesse du mal et de l’hiver chez les slaves.

Quoi qu’il en soit le cauchemar signifierait le démon chevaucheur que l’on retrouve dans de nombreuses langues européennes, et venant de la même racine. Ainsi en langue celtique macherick (le petit fouleur), en allemand nachtmaar (cheval de nuit) et nachtmannlein (petit homme de nuit); en anglais nightmare (vieille cavale de nuit); en hollandais et en flamand nachtmerrie (vieille cavale de nuit); en polonais mara (la cavale) ou marka en celtique.

Dans d’autres culture du monde le terme se référant au cauchemar n’a pas pour base cette racine indo européenne malgré cela son sens est le même ainsi nous avons par exemple subida del muerto  au mexique (qui veut dire la montée des mort/la mort qui grimpe dessus), au Maroc le  bough’tat  (celui qui te recouvre) ou encore au Japon le kanashibari  (signifiant étreinte de fer), De même que les termes pesadilla (catalan) pesuarole (italien) ou pesedela (portugais) signifiant cauchemar ont pour origine le latin pesar voulant dire peser,

en fait dans toutes les cultures de part le monde nous observons la même notion,

Une autre hypothèse lierait le cauchemar au cheval, notamment par le terme Mâhre signifiant jument en allemand ou march en celtique, Ceci est appuyé par la symbolique du cheval (le fait d’être chevauché, le caractère chthonien et sexuel de l’animal etc,), Nous développerons cette idée plus tard,

Si le terme français passa de cauquemar à cauchemar au XVème siècle, celui d’incube, lui, fut également usité pour parler de ce phénomène avant le XVIème siècle, trouvant ainsi ses origines dans la mythologie,

2, MYTHOLOGIE

  • 2,1 Les mythes antiques

L’image de la créature lubrique et malfaisante pesant sur un dormeur aurait plusieurs figures et origines, Le phénomène universel du cauchemar inspira donc bon nombre de mythes de même que certaines créatures en sont proche de part leur nature et leurs agissements.

Citons par exemple Pan, qui dans la mythologie grec, est dieu et un satyre, c’est à dire mi-homme mi-bouc, décrit comme lubrique et malveillant, Il aimait ainsi à surprendre les jeunes filles endormies ou à créer la folie et la peur: ce qui donna le terme de panique, Il est également assimilable à l’image du diable ou plus généralement des démons et des incubes, Ces derniers qui d’ailleurs ont un pendant féminin, les Succubes: elles aussi aux origines mythologiques: les lamies.

Striges

Toujours dans la mythologie grecque, Lamia était une reine à la grande beauté dont s’éprit Zeus le roi des dieux, De leur union naquirent des enfants qui furent assassinés par la déesse Héra, l’épouse jalouse de Zeus, Alors Lamia perdit la raison et dévora les nouveaux nés des maisons qu’elle visitait la nuit, Ce mythe engendra celui des lamies, des démons dévoreurs d’enfants qui devinrent, par la suite, des suceurs de sang, Donc de croque-mitaines les lamies devinrent vampires et succubes, Les lamies sont aussi connues sous le nom de striges, auxquelles on peut associer les lémures, les larves ou encore les empouses, Ces dernières étaient des esprits qui se comportaient comme les succubes et les vampires, et qui étaient envoyés par Hecate, déesse infernale de la magie et de la sorcellerie, Ces créatures se faisaient passer pour de belles jeunes femmes pour séduire, avoir des rapports sexuels et dévorer leurs victimes, Elles donnèrent aussi naissance au mythe des sorcières qui étaient les suppôts du diable, représenté ici par Hécate. Les lémures elles, étaient des esprits des ancêtres dont on se protégeait pour éviter leur retour et leurs châtiments,

Dans la même mythologie, et selon Sophie Bridier, le ménadisme de Dionysos se rapprochait également, et ce intimement,

La jeunesse de Bacchus, William-Adolphe Bouguereau

de la mythologie du cauchemar, La vie de Dionysos, dieu entre autres de la fécondité, de l’ivresse et de la folie, était en effet parsemée d’épisodes de cette même folie qu’il infligea lui même ou que lui infligea Héra, Ainsi Dionysos frappa des villageois de folie et les femmes devenues démentes allèrent jusqu’à dévorer leurs propres enfants, De plus ses suivantes , les ménades, étaient sujettes à l’hystérie ritualisée, une extase mystique que l’on nommait maniaCette mania libéra en effet les femmes de l’emprise morale et sociétale du quotidien, Ainsi elle s’adonnèrent à des actes extrêmes tels que orgies ou infanticides – des pulsions refoulées qu’elles s’interdisaient auparavant, Une interprétation qui sera d’ailleurs partagée par la psychanalyse. Le démon du cauchemar serait ici Dionysos prenant possession de la femme désormais à sa merci faisant naître en elle folie et désir sexuel, Les bacchanales en tant qu’orgie apparurent courant du IIème siècle avant notre ère et furent la réalisation de ce mythes où les femmes se lâchent littéralement. Sophie Bridier conclut ainsi que la mania, en tant que rituel, est au même titre que le cauchemar, un exutoire des désirs et des pulsions refoulés. Un aspect psychologique que reprend Freud nous le verrons.

2,2 Demonologie médiévale

The nightmare, Johann Heinrich Füssli

Le cauchemar médiéval, pour sa part, était souvent perçu comme l’oeuvre d’un proche mort revenant parmi les siens par soucis de vengeance, de malveillance ou par amour, Or l’Eglise, jusqu’au Xème siècle, réfutait la possibilité pour les vivants d’entre en contact avec les morts, sauf avec les saints selon Saint Augustin, Donc il ne pouvait s’agir que d’une manifestation démoniaque, L’Eglise s’appuyait alors sur des légendes païennes pour donner substance et crédibilité à ses propos. Tout le paradoxe d’une Eglise combattant le païen pour au final l’absorber, Apparut alors une myriades de démons pour expliquer les maux de l’humanités, Pour se prémunir des revenants du cauchemar:il fallait alors inhumer leur dépouille selon les rites consacrés ou se protéger avec des potions, des parfum ou des encens servant de répulsif et afin de restreindre l’attirance sexuelle, Cela faisait donc office d’antiaphrodisiaque comme les nomme C, Lecouteux, 

Mais après le Xème siècle l’Eglise changea radicalement de position et ce dans un souci mercantile, Avec la création du purgatoire il était désormais admis que les morts pouvaient marcher parmi les vivants pour le rachat de leurs fautes par le biais de messes, de prières ou d’indulgences, Ainsi le royaume des morts, auparavant hermétique et théorique, semblait plus concret. Le revenant devint alors une preuve vivante des conséquences du péché que cristallisait la chasse sauvage,

La chasse sauvage, Cordes Wilde

Ces armées de morts chevauchant étaient en quête du salut de leur âme tout en chassant les vivants, Les femmes, une fois capturées, se transformaient en cheval faisant office de monture pour un des morts Ceci est donc très proche de la symbolique du cauchemar et du ménadisme, Cette vision fut acceptée par l’Eglise car elle la servait faisant office d’exemple, Nous sommes ici en présence d’un syncrétisme des mythes païens et de la tradition chrétienne,

Plus tardivement, aux XIVème -XVIème siècles, le cauchemar se disait incube ou incubus en latin,  Il s’agissait d’un démons mâle imposant un rapport sexuel à des femmes endormies, On le retrouvait notamment en Mésopotamie sous les traits du Lilū ou dans la Grèce antique en tant qu’,Ephialtes. Ce terme signifiant « qui saute dessus » désignait le cauchemar selon Hippocrate et fut employé en Allemagne jusqu’au XIXème siècle, Souvent l’Eglise assimila l’incube au diable, qui trouve ses origine iconographique dans les satyres qui, au demeurant, étaient parmi les suivants de Dionysos, Le diable revêt très tôt le rôle du libidineux, du mal et du mâle caractérisé notamment quand on parle de sorcière pactisant avec lui dans la chair, Mais un démon pouvait être incube (du latin in cubare « couché sur ») puis sa version féminine le succube (du latin sub cubare signifiant « couché dessous »), Il s’adaptait ainsi à sa victime,

Lilith, John Collier

La figure emblématique de ces créatures était Lilith, la démone succube mésopotamienne Ardat-lilī qui donna chez les babyloniens Lamashtu et qui fut adoptée dans la tradition juive comme étant la première femme d’Adam, On la retrouve ainsi dans la Bible, le Talmud ou encore dans le zoroastrisme. Ce démon suçait le sang des nouveaux nés et s’en prenait aux femmes enceintes dans leur sommeil, Ainsi dans la Kabbale juive elle se confond avec Lamia et serait à l’origine de la tentation d’Eve revêtant alors le rôle du serpent, Son aspect de démon suceur de sang se rapproche d’un mythe encore plus fameux qui serait né, lui aussi, des interprétations possibles du cauchemar; celui du vampire,

Le vampirisme est une croyance qui remonte à la nuit des temps et qui pullule dans les mythes ou la littérature, On lui fixerait même des bases possiblement biblique, que ce soit au travers de Lilith ou dans les termes de la malédiction de Caïn, On retrouve une même créature dans les Balkans et chez les slaves sous l’appellation de vrykolakas (mot grec) et qui pourrait être en partie à l’origine du mythe des vampires, des loups-garous et de la cauquemare française, donc du cauchemar, Tout comme on le retrouve dissimulé dans la mythologie gréco-romaine au travers des empouses, lamies, lemures, striges et larves,

Nosferatu

Ce mythe se développa surtout à partir du XIème siècle en Europe et plus précisément en Europe de l’est au XIVème siècle alors que la peste y faisait des ravages et y décimait des populations entières, Aux XVIIème-XVIIIème siècles, il devint même une psychose, Néanmoins le mythe du vampire, dans toutes les cultures et les époques, traduit en fait le conflit entre la crainte du retour des morts et le désir du retour d’un mort, Se mêlent ainsi la mort et le désir sexuel, l’union d’Eros et de Thanatos créatrice de conflits intérieurs, La vision sensuelle et sexuelle du vampire serait née de l’acte de pénétration de la chair par les crocs et de succion. Vision qui sera relayée dans la culture populaire moderne par l’image du vampire séduisant et attirant, Le vampirisme serait également l’explication de la motivation du démon du cauchemar qui chercherait, de part sa position,à absorber l’âme ou le souffle vital de sa victime, 

De plus le vampire, par le charme ou la contrainte, possède sa victime à l’instar du diable, du démon du cauchemar, ou encore de Dionyos, Cette possession est fortement connotée sexuellement (un mâle qui domine et pénètre l’âme ou le corps de sa victime), Plus généralement le cauchemar est attribué à des attaques et des possessions démoniaques, que ce soit par exemple les djinn comme Boutlelis chez les musulmans ou Namtar  chez les sumériens. Celui-ci était le démon-destin plongeant ses victimes dans la catatonie quand il les possédait. Dans l’histoire des possessions, principalement féminines encore une fois, sexualité et possession démoniaque sont intriquées, un jumelage que l’on retrouve notamment dans la sorcellerie,

Satan siégeant lors d’un sabbat, Bartholomaeus Spranger

Lors des tribunaux inquisiteurs souvent était qualifiée de sorcière celle qui était accusée de « pactiser ou de forniquer avec le démon ». Donc la femme sujette au cauchemar correspondait à ces critères bien malgré elle. L’aspect sexuel était crucial pour l’inquisition et fut l’objet de vive interrogation parmi les démonologues, théologiens et religieux. Dans l’imaginaire des XVIème-XVIIème siècles la sorciere était l’image d’épinale à la Disney, une vieille femme malveillante se métamorphosant en une attirante jeune fille afin d’attirer ses proies et de s’adonner à des orgies lors des sabbats, Or dans les faits les accusées de sorcellerie étaient surtout des jeunes femmes, souvent vierges ou veuves, Au moyen-âge une sorcière pouvait être le démon du cauchemar, ou celle qui s’accouplait avec lui ou encore en être le rejeton, Le cauchemar pourrait d’ailleurs être l’expression de qu’on appelait le double, Cette entité serait une part d’une personne, une sorte de projection, qui prendrait vie lors du sommeil de son hôte, C’est d’ailleurs sous cette forme que les sorcières se rendaient au sabbat ou qu’elles visitaient leurs victimes, La figure de la sorcière cristallisait le rapport conflictuel à la sexualité féminine durant le moyen-âge, soutenu par des religieux misogynes dépassés dont Saint Augustin était le fer de lance.

L’image du démon Mara était également empreunté au bestiaire païens médiéval, parmi les gobelins, kobolds et autre créatures dont faisaient partie les nains et les elfes que l’Eglise assimila aussi. Aux VIIème-IXème siècles l’Eglise reconnut les elfes et les nains comme des revenants maléfiques, à l’instar du cauchemar au Xème siècle, L’existence des créatures folkloriques n’était donc pas remise en question mais leur essence était modifiée pour les intégrer au bestiaire démoniaque, En fait toutes créatures ne relevant pas du sacré chrétien étaient dés lors considérées comme démoniaques,

Autrefois, par tradition populaire, le cauchemar était donc imagé, personnifié, que ce soit au travers d’un revenant, d’un démon ou parfois même d’un cheval faisant écho à la seconde étymologie possible, Une confusion qui donna probablement naissance aux deux entités du cauchemar (le démon/revenant et le cheval), On retrouve notamment ces deux aspects dans l’oeuvre pictural de Füssli « the nightmare ». Il s’agit en fait d’un amalgame qui serait né d’une phonétique proche et d’une imagerie liée à la mort et la sexualité. Ajoutons à ce constat les superstitions du moyen-âge selon lesquelles, pour les malades, entendre un cheval hennir ou au galop était un présage de mort, Aussi la sexualité relie cauchemar et équidé que ce soit par l’image de l’étalon reproducteur, ou du fait de l’acte de chevaucher (impliquant une position entre les jambes, un va et vient, une relation dominant/dominé etc,). Ainsi le cheval est un animal viril et puissant d’ordre phallique dans de nombreux mythes et traditions. Mais il est aussi d’aspect maléfique comme avec son intégration dans les représentations de la faucheuse ou du diable en cavalier nocturne, des sorcières chevauchant, des cavaliers de l’apocalypse mais aussi des chasses sauvages,

Qu’il donna les lamies, ménades ou les sorcières, le mythe du cauchemar semble intimement lié à la sexualité féminine et à une certaine forme de folie ce que la médecine tentera de valider ou de contredire,

3, SCIENCE

3,1 medecine

Hippocrate, Peter Paul Rubens

Si le profane et le superstitieux estimaient que le cauchemar était du à une créature malfaisante, le médecin lui voit une tout autre origine à l’affection, Dans l’antiquité le cauchemar était une maladie du sommeil découlant d’une mauvaise digestion, Puis, aux moyen-âge, une longue parenthésé d’obscurantisme religieux relégua la science au rayon des blasphémés et enfin on aboutit à une réhabilitation au XVIIIème siècle sous l’impulsion du rationalisme des lumières, Ainsi les thèses médicales n’évolueront pas entre l’antiquité et le XIXème siècle.

Pour la médecine, le mal-être causerait le cauchemar alors que dans la croyance le cauchemar créé ce mal-être, De ce fait dans l’antiquité les organes étaient à l’origine de ce trouble, En effet chacun d’eux, défaillants ou comprimés, donnerait lieu à un type de rêve. Pour le cauchemar il s’agirait des désordres respiratoires et digestifs ainsi que du fait des humeurs, Par ce principe on chercha donc à expliquer la sensation d’étouffement et de poids sur la thorax, Il était alors préconisé comme cure un régime alimentaire léger et de ne pas se nourrir avant de se coucher, Ces précautions restèrent longtemps dans la tradition populaire intégrant notamment les célèbres « remèdes de grand mère ». Sur le plan scientifique par contre ces thèses seront oubliées à partir du XIXème siècle, le cauchemar ne s’expliquerait dés lors, que par un besoin primaire refoulé ou insatisfait (faim soif et sexualité). Quoi qu’il en soit, selon le médecins du passé comme Hippocrate ou Louis Dubosquet, les origines seraient d’ordre naturel et non pas surnaturel. Même constat pour l’aspect sexuel qui lui serait issu d’une déficience de l’appareil génital résultante d’une compression ou de maladies.

Mais la perception qu’en avait le dormeur restait inchangée, il subissait les assauts d’un démon le chevauchant dans son sommeil, Si le mythe surnaturel n’expliquait pas la maladie il en décrivait tout de même les symptômes et les sensations, Louis Dubosquet, auteur de la première étude médicale du cauchemar (début XIXème siècle), releva que la grande majorité de ses patients victimes de cauchemars faisaient état d’un poids pesant sur leur poitrine, Et selon eux c’était l’oeuvre d’un cheval infernal couché sur eux, d’un homme difforme ou d’une vieille femme, (cf étymologie), Mais pour ce médecin il ne s’agissait que de la résultante de troubles digestifs qu’il proposait de guérir par l’adoption d’un régime diététique, De fait, pour les médecins, le cauchemar était encore du à des problèmes digestifs mais la notion psychologique faisait également son apparition, notamment par l’idée d’angoisse, A l’instar de l’Eglise réfutant la science en diabolisant le cauchemar, la médecin du XIXème siècle réfutait le surnaturel et forçait la rationalisation du cauchemar cherchant à en faire une maladie du corps et non plus de l’âme. Ainsi les médecins firent fi de l’aspect mythologique et de la perception récurrente de l’image du démon chevaucheur perçue par leurs patients,

Mais peu à peu le physiologique fit place au psychologique, Des études se penchèrent plus sur le sujet et un portrait de la cible type put être dressé: Il s’agirait principalement d’une femme inactive sujette à la nervosité ou dotée d’ un esprit vif et influençable, ou encore soumise à des pulsions voir à l’hystérie, Ainsi la notion d’hystérie religieuse apparut. On expliqua alors le démon par l’imagination du patient dont l’esprit chercherait à expliquer, concrétiser un phénomène puissant qui lui était étranger mais présent dans ses croyances et dans celles collectives, Une sensation négative quand on est seul ne peut donc venir que d’un être négatif extérieur, un démon donc, Alors on commença à adopter la théorie selon laquelle le démon était intérieur, une création de l’esprit du fait de l’excitation du patient et de son psychisme défaillant, Le possédé médiéval devint alors le fou des asiles du XIXème siècle , On passa ainsi du démon au dément,

La médecine moderne, elle, se base sur la médecine du sommeil qui apparut début du XXème siècle  et qui se developpa notamment avec la neurobiologie du sommeil, Une origine probable du cauchemar serait une brutale transition entre le quatrième et dernier stade du sommeil léger (caractérisé pas une faible activité neurale) et le sommeil paradoxal (caractérisé lui par une forte activité neurale, par la paralysie du corps et par l’apparition des rêves), Un mécanisme aurait alors lieu durant cette phase charnière où rêves et réalité s’imbriqueraient, Ainsi le sujet serait dans un état de semi-conscience, le corps paralysé et soumis à des songes hallucinatoires, Il peut dés lors être caractérisé comme un état proche du coma souligné par la sensation d’habiter un corps mort. Et enfin le cauchemar pourrait également être rattaché à un syndrome post-traumatique qui serait une manifestation de troubles psychiques, le domaine de la psychanalyse.

 

Cartes EEG du sommeil

,3,2 Psychanalise et psychiatrie

Sigmund Freud

C’est S, Freud qui, en 1900, vit le cauchemar comme un délie subconscient et un épisode psychotique. Il l’inscrivit alors dans son Die traumdeutung (l’interprétation des rêves). Mais c’est Ernest Jones, médecin de son état et biographe de Freud, qui approfondit le sujet vers 1910, et qui fit également le lien entre l’existence de créatures mythiques et le cauchemar psychanalysé,

Selon le psychanalyste le rêve en général serait une expression d’un désir ou d’une pulsion refoulés. Et le cauchemar naîtrait ainsi d’une frustration sexuelle transformée en une angoisse, Le démon Mara personnifirait une culpabilité ou une psychose qui pèserait sur la conscience du dormeur comme l’incube pèse sur sa poitrine. Un de ces nombreux démons intérieurs donc qui habiteraient la conscience de l’Homme, Ces désirs s’exprimeraient dans nos rêves de façon masquée comme le loup vêtu des habits de Mère-Grand, Et ce pour deux raison, personnifier l’innommable désir et avertir le dormeur du danger d’un tel désir, C’est dans ce cadre que s’inscrirait le cauchemar selon Freud qui ne le dissociait pas des rêves en général, In fine, il est pour lui l’expression du fort refoulement de désirs infantiles malsains et déviants tels que le meurtre, le viol ou l’inceste. Donc souvent d’ordre sexuel faisant naître une angoisse souvent celle de la castration selon le psychanalyste.

Le rêve au travail selon S.Freud

Ernest jones précisa ce désir et le rattacha plus fermement encore à l’inceste et au complexe d’œdipe alors que J, lacan lui, s’attarda plus sur l’angoisse éprouvé qu’il rattachait à la jouissance de l’autre, Si l’on suit E. Jones le démon serait une figure paternelle, un mâle dominateur comme le diable ou Dionysos, Dans la continuité de la théorie freudienne, contestable, qui met l’inceste et le complexe d’œdipe au centre des fonctionnements subconscients de l’humain, Souvent donc le cauchemar serait une manifestation d’un état névrotique ou hystérique qui caractériserait une frustration sexuelle,

3,3 L’hystérie

Grande hystérie – Période epileptoide.

Comme sont nom l’indique l’hystérie, venant du terme utérus, n’atteindrait exclusivement que les femmes et plus particulièrement celles à l’absence de sexualité ou subissant un dérèglement hormonale, L’hystérie serait l’une des explication des possessions et de la sorcellerie au moyen-âge et expliquerait, à l’époque moderne, les cas de possessions relayés par les évangélistes, les manifestations de poltergeist ou les pratiques d’exorcisme du Vatican, Ce désordre psychique mène à une quasi métamorphose physique et mentale de la personne devenue ingérable, 

A noter que dans l’antiquité l’utérus était considéré comme un animal pouvant provoquer les même symptômes que ceux du cauchemar, Le démon serait l’utérus, cet animal suffocateur tributaire, croyait on, de la sexualité féminine, La femme ne pouvant nourrir ce vorace animal celui du alors se nourrir par lui-même lorsque celle-ci s’endormait,

L’hystérie, comme le cauchemar psychanalysé, serait une manifestation d’une tension ou frustration sexuelle qui ne peut s’exprimer de façon conventionnelle, Un exutoire donc comme le notifie Sophie Bridier au même titre que le ménadisme. Ainsi ménades, sorcières et victimes du cauchemar semblent trouver en l’hystérie une origine commune, car la jouissance, la petite mort, est intimement entrelacée au cauchemar,

CONCLUSION

Le cauchemar est le rejetton d’Eros et de Thanatos, les deux sujets qui tourmentent le plus l’esprit d’un homme, le désir charnel et la peur de mourir, le besoin de reproduction et l’instinct de survie, Au final l’image du cauchemar ne serait qu’une partie de nous qui refuse de s’accepter, un instinct primaire qui nous pèse sur la conscience et la poitrine lorsque notre inconscient est maître de nous, Le cauchemar est insidieux, il nous cueille lorsque nous sommes les plus vulnérables: dans le sommeil et la sécurité, toute relative, de notre lit, Il viole notre esprit comme le démon violerait notre chair,

Le mythe du cauchemar inspira de nombreuses oeuvres picturales comme The Nightmare de Johann Heinrich Füssli, L’esprit des morts veille de Paul Gauguin, ou l’univers de Luis Royo, Tout comme il inspira des œuvres littéraires avec par exemple La Horla de Maupassant ou Carmilla de Sheridan le Fanu, une des œuvres fondatrices du vampirisme littéraire influençant Bram Stocker ou Anne Rice, Citons enfin le jeu vidéo The Witcher 3: la chasse sauvage qui reprend l’intégralité des acteurs du mythes du cauchemar, S’il est présent dans la culture ce mythe l’est également dans les traditions en vigueur, comme au Brésil où le pesadilo tourmente la population actuelle, Ce phénomène pourrait également expliquer les témoignages concernant des abductions, les enlèvements par des extra-terrestres qui reprennent le même scénario,

Même si l’explication neurophysiologique est à adopter, l’image du démon perdure de par le monde, trahissant cette part sombre que nous refoulons, et qui fait de nous, au final, des créatures binaires, violentes, mortelles et lubriques, Il est notre double, Ce mythe commun à toutes les culture est très représentatif du raisonnement humain cherchant à matérialiser un phénomène qu’il ne peux expliquer et trouve donc ses références au plus profond de notre conscience commune, Un même procédé que nous avons observé dans la vidéo sur le mythe des géantsLe cauchemar au final, qu’il appartienne au domaine de la mythologie,  de la démonologie, de la psychiatrie ou de la neurologie retranscrit la nature humaine. Alors n’ayez plus de crainte, fermez les yeux et faites faces à vos démon car les fuir ne fera que les nourir,

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